Franck Salin: Conteur par la plume, l’écran et les planches

Bonjour mes Afroféminines, ou pas!

je suis toujours heureuse d’étoffer la rubriques « Mes diamants noirs » et je le suis d’autant plus que vous êtes de plus en plus nombreux (ses) à y naviguer régulièrement. C’est pour moi un lieu de partage parce qu’il se remplit petit à petit des découvertes que je fais au jour le jour mais aussi de vos retours et impressions. C’est par un heureux concours de circonstances que j’ai rencontré Franck Salin, alias Frankito. Comme a dit Paulo Coello: « Rien dans ce monde n’arrive par hasard ». En effet, j’avais envie de présenter un talent de la Caraïbe qui, par son travail, montre la richesse de ces cultures au delà de la beauté des plages (beauté  toutefois indéniable). Ecrivain, réalisateur, metteur en scène, à travers son travail, il mène une réflexion sur la question de l’identité, promeut la langue créole, évoque les problématiques propres aux Antilles pour ne citer que ces points là. A quelques jours de la diffusion de son documentaire « Des faucilles dans les veines » qui sera diffusé très prochainement sur France Ô, il nous parle de son travail d’écrivain mais pas que… « Lisez, Savourez et commentez! »

Sandgidemad. Pourrais-tu te présenter?

Je suis un guadeloupéen de 45 ans, passionné d’histoire et de culture, passionné par le monde et ceux qui le peuplent.

Sandgidemad. Tu as plusieurs casquettes professionnelles. Ecrivain, réalisateur et metteur en scène. Peux-tu nous décrire chacune d’elles (en quoi elles consistent) et ce qui t’y a poussé?

J’ai toujours aimé la littérature. Mes parents, mes grands-parents aimaient lire et j’ai grandi entouré de livres. Quand j’ai quitté la Guadeloupe pour poursuivre des études de lettres et d’histoire, à Paris, j’ai été assailli par une irrépressible envie d’écrire. De cette pulsion est né mon premier roman, « Pointe-à-Pitre – Paris », habité par mes réflexions sur l’idéal et l’identité. Je n’avais pas l’intention de devenir écrivain. Je le suis devenu par la force des choses. Les projets d’un écrivain peuvent prendre plusieurs formes. Lorsque j’ai envie de raconter une histoire, celle-ci peut se matérialiser sous la forme d’un roman, d’une nouvelle, d’une pièce de théâtre, d’un film… Le plus important, pour moi, est de savoir quelle histoire je veux raconter, ensuite je choisis le support le mieux adapté. Mais à la base de chacune d’entre elles, il y a le travail d’écriture.

Sandgidemad. Peut-on, sans se tromper, dire que « Franck Salin aime raconter des histoires » vu tes activités professionnelles?

Parfaitement. C’est ainsi que je me définis : un raconteur d’histoires. C’est, je pense, mon principal talent.

Lorsque j’ai envie de raconter une histoire, celle-ci peut se matérialiser sous la forme d’un roman, d’une nouvelle, d’une pièce de théâtre, d’un film…

Sandgidemad. Certains sujets comme l’identité, la mémoire, la transmission et même la migration transparaissent dans tes œuvres. Par exemple dans le documentaire « L’appel du tambour » pour ne citer que celle-là. Comment expliques-tu cela?

le-grand-frisson-okDans le travail de beaucoup d’artistes originaires du continent américain, les questions de l’identité et de la mémoire sont récurrentes. En moins de cinq siècles, dans une violence extrême, de nouvelles identités ont vu le jour. Comment se définir lorsqu’on est issu de cette histoire ? Comment raconter ces peuples – guadeloupéen, martiniquais, cubain, jamaïcain, brésilien… – nés de la colonisation et de l’esclavage ? La tâche n’est pas simple. Et elle se complexifie avec les migrations et, plus largement, la mondialisation. Dans mon film, « L’appel du tambour », par exemple, je montre comment le Gwoka, une tradition musicale guadeloupéenne héritée de la période esclavagiste et des plantations, s’adapte et évolue en Ile-de-France. Dans mon dernier roman, « Le grand frisson », l’un des deux personnages principaux est un jeune homme qui a grandi et vit en banlieue parisienne. Le récit étant relaté à la première personne, j’ai voulu l’écrire dans une langue proche de celle que parlent les jeunes de cette région, une langue française revisitée et enrichie par plusieurs vagues migratoires. L’exercice a été aussi périlleux que jubilatoire !

Sandgidemad. Ta pièce de théâtre « Bòdlanmou pa lwen » est le premier texte en créole présenté à la comédie française. Comment l’as-tu perçu? Comme de la reconnaissance, une suite normale des choses?bodlanmou-pas-lwen-ok

J’ai d’abord éprouvé du plaisir et de la fierté lorsque j’ai entendu les mots que j’avais écrits en langue créole résonner dans ce temple du théâtre qu’est la Comédie française. C’était une reconnaissance pour mon travail et surtout pour la langue créole qui a longtemps été combattue par les autorités françaises. La tradition jacobine, centralisatrice et assimilatrice, a voulu qu’il n’y ait qu’une langue en France. Mais certaines, comme le breton, le corse et le créole ont résisté et comptent encore des locuteurs. En 1999, le créole a été reconnu, en France, en tant que langue régionale, et son enseignement se développe dans les établissements scolaires. En Haïti, pays indépendant, c’est une langue officielle depuis 1987. Il y a encore beaucoup à faire pour l’apprentissage et la reconnaissance de la langue créole. La création est un effort nécessaire, un plaisir indispensable.

Sandgidemad. Etant journaliste expert Caraïbe/ Afrique, tu t’es rendu quelques fois sur le continent africain. Où t’es-tu rendu et que t’ont apporté ces voyages (professionnellement et humainement)? Un fait, un phénomène ou un lieu qui t’a particulièrement marqué?

J’ai été dans beaucoup de pays africains. Il serait long de tous les citer. J’ai été partout bien accueilli. Les échanges m’ont chaque fois enrichi. Le pays qui m’a le plus marqué est, sans doute, le premier où je me suis rendu : le Bénin. C’était en 2007. Je suis arrivé de nuit. L’aéroport de Cotonou ressemble à l’ancien aéroport du Raizet, en Guadeloupe. L’allure, la gestuelle des Béninois m’ont rappelé la Caraïbe, d’autant que de tous les coins de rue s’échappaient des airs de zouk et de salsa. Cette proximité, cette familiarité, m’a frappé. Pour un descendant d’Africains déportés, poser le pied sur ce continent n’est pas un acte anodin.

Sandgidemad. Une actualité future à partager avec nous?

J’ai réalisé cette année un film documentaire sur la drépanocytose, la première maladie génétique du monde. Elle est extrêmement douloureuse et invalidante. Les globules rouges des malades prennent la forme de faucilles, bloquent les vaisseaux et créent des lésions qui peuvent être mortelles. La drépanocytose touche des millions de personnes, essentiellement les Africains, les Indiens et leurs descendants à travers le monde. Elle est très peu médiatisée alors que les malades et la recherche ont besoin du soutien du plus grand nombre. J’espère que mon film aidera à faire progresser la connaissance et la lutte contre cette terrible maladie. J’en avais réalisé une version courte en juin. J’ai achevé la version longue en octobre. Il a été tourné en RD Congo, en Guadeloupe et en Ile-de-France. Il s’appelle « Des faucilles dans les veines » et sera diffusé le dimanche 9 décembre à 20h50 sur France Ô.

 

J’espère que cette vidéo vous aura donné envie de suivre ce documentaire. Je vous partage d’ailleurs mon avis à ce sujet dans cet article.
Franck Salin est une personne qui a su exploiter son talent (l’écriture en l’occurrence) au point de l’étendre à d’autres disciplines. Bel encouragement à ne pas limiter l’usage de nos propres compétences à un seul domaine.

Afrofemininement vôtre,

Sandgidemad

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